Le blogue du RÉFO vise à rassembler des textes, photos et vidéos d'étudiant(e)s francophones et francophiles d'un peu partout en Ontario. 

L'objectif du blogue est de créer une meilleure compréhension des réalités et priorités étudiantes en Ontario français et de créer des ponts entre les étudiant(e)s qui fréquentent une des 11 institutions francophones et bilingues de la province.

Tout étudiant(e) peut contribuer au blogue en soumettant un texte, une photo ou une vidéo par courriel au RÉFO au info@refo.ca. Les opinions exprimées ici sont celles des auteur.e.s et ne représentent pas nécessairement la position officielle du Regroupement. 

Le blogue du RÉFO

Un temps de l’année crucial pour nos jeunes du secondaire

Par Samantha Puchala

Chaque année pendant les mois de février et mars, des milliers d’élèves en 12e année à travers l’Ontario sont excités de recevoir des nouvelles des universités et des collèges pour savoir s’ils ont été acceptés à leur programme de choix. Plusieurs souhaiteront être admis à des institutions comme U of T, Queen’s, Western, Waterloo, ou d’autres universités de langue anglaise de la province, qui jouissent d’un certain prestige dans l’opinion publique.

Plusieurs jeunes franco-ontariens qui gradueront des écoles secondaires feront également le choix d’étudier dans ces universités, même s’ils auront entendu à maintes reprises le message de leurs enseignants, de leur famille et des membres de la communauté qu’il est important de poursuivre ses études en français. En fait, une très importante proportion de ces élèves (entre 40 et 50 % des finissants des écoles secondaires franco-ontariennes) choisiront d’étudier dans des universités de langue anglaise, commettant la même erreur que j’ai commise moi-même, une erreur que je n’oublierai jamais. Pour ma part, j’ai choisi un programme dans une université anglophone près de chez moi, un programme qui pourtant existait en français ailleurs dans la province.

En 2008, j’attendais moi aussi avec impatience de recevoir ma lettre d’acceptation officielle de la University of Western Ontario, qui me promettait des bourses et un avenir au potentiel illimité. Je ne pouvais toutefois pas prévoir qu’un an plus tard, après avoir complété quelques mois dans une université de langue anglaise, je me retrouverais en crise identitaire en raison d’un affaiblissement sérieux de mon niveau de français. Je me retrouvais dans une situation où toutes mes années d’études en français au primaire et au secondaire étaient en train de s’effacer. J’avais tenu pour acquise ma capacité à maintenir mon français dans un milieu entièrement anglophone.

La fin de ma première année arrivait rapidement et je sentais que je ne pouvais plus poursuivre mes études à Western si je tenais réellement à mon français. Je me suis alors informée de la possibilité de changer d’université en septembre, mais il était déjà trop tard. Les dates limites étaient passées. Cela m’a obligé de prendre une année de pause des études, avant de pouvoir faire demande au programme d’Études françaises à l’Université Laurentienne (un programme qui m’avait pourtant accepté en 2008, mais que j’avais mis de côté en raison du soi-disant « prestige » de Western).

Me voilà 6 ans plus tard comme présidente de l’Association des étudiantes et étudiants francophones de l’Université Laurentienne, membre votant du Conseil des gouverneurs de l’université et fière étudiante en Études françaises, Science politique et Droit. Aujourd’hui, je me rends compte de l’importance de poursuivre mes études en français, encore plus que lorsque j’avais 18 ans, car j’ai vu à quel point le français est fragile lorsqu’il n’est pas parlé régulièrement. Je me sens fière de faire partie de celles et ceux qui se battent pour suivre tous leurs cours en français et je comprends toute la nécessité de demander mes services en français.

C’est triste, par contre, que plusieurs jeunes qui choisissent des institutions de langue anglaise ne se rendront pas compte de la fragilité de leur langue avant qu’il ne soit trop tard et qu’ils n’auront plus la capacité de s’exprimer en français. Ils continueront sans doute à indiquer sur leurs CV qu’ils sont bilingues, mais force est de constater qu’ils auront de la difficulté à servir leurs clients en français. Je le sais, parce que je l’ai vu de mes propres yeux. De plus en plus, mes anciens collègues de la 12e année me parlent qu’en anglais lorsque je les vois pendant les vacances, parce qu’ils ne sont plus à l’aise en français.

Ce texte ne se veut pas moralisateur, mais bien un cri du cœur aux jeunes qui feront leur choix postsecondaire dans les prochaines semaines : ne faites pas la même erreur que moi! Poursuivez vos études en français si vous avez l’option de le faire, car c’est votre seule chance réelle à devenir des professionnels capables de fonctionner à un haut niveau dans les deux langues. Je suis consciente que plusieurs jeunes ne retiendront pas ce message, comme je ne l’avais pas retenu en 2008, mais si je peux convaincre une personne, ce sera déjà ça!

Mon expérience des dernières années m’a rendue encore plus consciente des ravages de l’assimilation au sein de notre communauté. Il faut à tout prix changer les mentalités et déconstruire l’idée bien ancrée que le succès économique, politique et social se vit seulement en anglais en Ontario. Pour ce faire, il faut des francophones engagés à porter ce message, mais aussi des gouvernements, des citoyens anglophones et des institutions postsecondaires qui valorisent réellement la dualité linguistique et qui croient que tout citoyen, peu importe sa langue, doit avoir la chance de réaliser son plein potentiel.

Samantha Puchala est une étudiante de quatrième année en Études françaises, Science politique et Droit à l’Université Laurentienne. Elle est originaire de Woodstock dans le Sud-Ouest de l’Ontario. Le français est sa troisième langue.

Posté il y a 467 semaine